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J’ai passé 48h en forêt (Part 2)






Bonjour à tous ! On ne perd pas de temps avec une introduction cette fois-ci, car tout a déjà été expliqué dans la première partie et il reste encore énormément de choses à dire.

Samedi matin, réveillés par le soleil qui se levait étonnamment tôt, vers 5 h du matin, nous nous sommes rassemblés pour la quête de la truite ! L’objectif était de pêcher notre propre poisson. Heureusement pour moi, un passionné de pêche de la cohorte m’a prêté une ligne de fortune : un simple bâton de bois attaché à une corde, elle-même reliée à un petit hameçon muni d’un appât. J’aurais préféré utiliser un insecte trouvé sur place, mais j’avais beau chercher, il n’y avait absolument rien dans les environs, pas même sous les pierres malgré la forte humidité du sol. Cette activité s’est déroulée autour d’un petit lac. Nous avons d’abord tenté notre chance du côté naturel, mais une seule personne a réussi à sortir une truite au bout de trente minutes, et elle était relativement petite. Après tout ce temps passé en vain, les instructeurs nous ont autorisés à contourner le lac. De l’autre côté, le décor était bien différent : nous avions accès à un petit ponton où toutes les truites s’étaient regroupées, une bonne vingtaine facilement ! En moins d’une minute, les cinq autres équipes ainsi que moi-même avons pu attraper notre poisson. C’était la toute première fois de ma vie que je pêchais. Certains ont choisi de saigner leur prise pour écourter sa souffrance ; de mon côté, j’ai opté pour un étourdissement direct, ce qui s’est avéré bien plus efficace que la technique de mes collègues dont les poissons saignaient tout en continuant de s’agiter. Le reste de la matinée a été consacré à la préparation de la truite, c’est-à-dire la vider entièrement de son sang et de ses organes, avant de visiter les abris de nos camarades. Cela nous a permis d’analyser les erreurs des uns ou, à l’inverse, d’admirer les mini-décorations apportées à certains hameaux. Après un rapide déjeuner, nous avons procédé à la destruction des installations pour ne laisser aucune trace de cendres, de bois ou de structure.

Pendant le repas du midi, les consignes pour la suite ont été données. Nous devions « survivre » une deuxième nuit, mais avec des restrictions majeures. Tout d’abord, les équipes passaient de quatre membres à seulement deux, ce qui réduisait significativement la main-d’œuvre et augmentait les tours de garde pour le feu. De plus, alors que la première nuit nous autorisait tout le matériel apporté (nourriture, matelas, sac de couchage, vêtements chauds…), chaque objet conservé pour la seconde nuit nous coûtait des points sur notre note finale. Le seul équipement autorisé sans pénalité était ce que nous portions sur nous, à savoir notre trousse de survie, notre couteau et une bâche. Avec mon coéquipier, nous avons décidé de relever le défi sans rien d’autre ! Comprenant que ce repas serait le dernier avant 18 heures, j’ai dévoré ma dernière gamelle qui aurait facilement pu faire deux repas pour être bien rassasié. Suite à cela, est venu le moment de faire cuire et de manger notre truite.



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Ce ne fut vraiment pas une mince affaire. Pour l’embrocher, nous avions conservé la tête de la truite intacte afin d’y glisser une branche. Malheureusement, la chair s’est complètement fragilisée sous l’effet de la chaleur et le poisson a fini sa course directement dans les cendres, côté peau. Il a donc fallu improviser rapidement et trouver un nouveau support. Autour de moi, les autres s’essayaient à fabriquer des grillages rudimentaires ou des broches en « Y ». De mon côté, j’ai fini par opter pour un morceau de bois bien plus épais, capable de résister aux flammes, pour y disposer la truite bien ouverte, la chair exposée face au foyer. Après quelques minutes, le verdict est tombé : c’était cuit. Pour être tout à fait franc, on était plutôt sur un entre-deux cru-cuit, mais au milieu des bois, on ne fait pas la fine bouche. Avec ce goût prononcé de fumée et de grand large, ça restait franchement bon.






Samedi après-midi, le décor était planté : mon binôme et moi nous retrouvions seuls avec nos deux bâches, notre couteau et la trousse de secours. Le terrain assigné offrait un dénivelé important, à l’exception d’un unique replat. Coup de chance, la disposition de plusieurs arbres rapprochés nous a permis de caler une maîtresse branche particulièrement robuste pour structurer le tout. Nous avons ensuite tendu les bâches, l’une protégeant le toit et l’autre isolant le sol, en sécurisant l’ensemble par des nœuds de chaise frappés sur les troncs et des souches environnantes. L’objectif était de blinder la structure, la météo annonçant de la flotte pour la nuit. Bien que réduits à un effectif de deux, l’abri a été bouclé en à peine une heure. Conscients de la longueur de la nuit à venir et du fait que l’estomac resterait vide jusqu’au lendemain, nous avons sciemment appliqué la stratégie de l’économie d’énergie. Une fois le camp installé, nous avons enchaîné sur la collecte de bois, la réfection du déflecteur et la collecte de branches de sapin au sol pour parfaire l’isolation thermique de notre couche.

Ouvrons une parenthèse météo, la seule promesse aéronautique de cet article, promis! Durant la journée, le rayonnement solaire réchauffe les parois rocheuses. L’air à leur contact devient moins dense et s’élève le long des reliefs pour se refroidir en altitude : c’est le principe des vents anabatiques. À la nuit tombée, le mécanisme s’inverse. Le sol se refroidit rapidement et l’air, devenu plus lourd, dévale les pentes : ce sont les vents catabatiques. Lors de notre première nuit, nous avions bêtement orienté l’ouverture à l’est sous prétexte que le vent général venait de l’ouest, pensant ainsi évacuer les fumées. Grossière erreur. Si cette logique tient la route en plaine, elle s’avère totalement fausse en milieu montagneux, et nous avons passé la nuit à bouffer des cendres. Pour cette seconde tentative, j’ai savouré ma petite victoire en constatant que la fumée suivait scrupuleusement la pente vers le bas de la vallée, exactement comme le prévoyait la théorie. Comme quoi, même ce qu’on vois en cours de météorologie peu s’avérer très utile dans les bois.



La minute technique passée, les instructeurs nous ont imposé un nouvel atelier : la confection d’un collet. Le principe repose sur l’ajustement de deux pieux taillés pour s’enclencher par simple point d’équilibre, sans le moindre cordage. Le premier piquet est ancré au sol, idéalement au milieu d’une coulée de lièvres. Le second, positionné en surplomb, comporte deux encoches bien précises : la première reçoit le lien relié à un jeune sapin flexible mis sous tension, tandis que la seconde maintient la boucle en fil de laiton. Lorsque l’animal passe sa tête dans le nœud coulant, il rompt ce fragile équilibre. Le sapin se détend instantanément vers le ciel, soulevant et étouffant la prise. Pour maximiser l’efficacité du piège, nous avons condamné les accès latéraux avec de la végétation et des souches pour contraindre le gibier à s’engager dans l’axe du câble.

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Le reste de l’après-midi s’est résumé à du repos en attendant que les choses sérieuses commencent. La pluie s’est invitée vers 21 h. Mon coéquipier a pris le premier tour de garde jusqu’à minuit, puis j’ai pris le relais jusqu’à ce qui me semblait être 3 h du matin, puisqu’on devait naviguer complètement au ressenti sans montre. Les averses se sont calmées vers 1 h, nous laissant de courtes averses plus agaçantes que vraiment dangereuses pour notre feu. C’était l’occasion parfaite pour observer la physique des flammes : sous une pluie fine, le feu devient beaucoup plus instable et demande une surveillance constante, mais le bois met aussi plus de temps à se consumer. J’ai pu piquer une deuxième sieste entre 3 h et 5 h, avant de reprendre la dernière veille jusqu’au rassemblement de 6 h 30, sonnant lui aussi le terme de notre expérience.

Le dimanche matin est arrivé comme une véritable libération, offrant enfin l’opportunité de casser la croûte, même si le manque de nourriture ne se faisait pas tant ressentir. La principale contrainte aura finalement été la gestion du refroidissement corporel. Ce stage nous a d’ailleurs permis de réviser la fameuse « règle des trois » qui balise les limites de la survie humaine : 3 secondes d’inattention (souvent fatales en falaise), 3 minutes sans oxygène, 3 heures sans protection thermique dans des conditions hostiles, 3 jours sans hydratation, 3 semaines sans apport calorique, suivis des volets plus théoriques des 3 mois sans confort et 3 ans sans interaction sociale. Une fois le rituel du petit-déjeuner expédié, nous avons effacé toute trace de notre passage avant d’entamer le débriefing général. C’est après avoir consolidé ces notions théoriques et pratiques que les instructeurs nous ont lancé la question finale : « En quoi cette simulation de survie différait-elle d’une situation réelle ? »

C’est aussi la raison de mes guillemets. Même si cet exercice avait pour but de nous apprendre à tenir quelques jours, il y avait quand même de sacrées différences avec la réalité. Tout d’abord,l’environnement : on était installés près d’un lac et de sentiers battus, on croisait des familles en journée, et on entendait le bruit des voitures au loin le soir. Ensuite, l’équipement : c’était évidemment une situation préparée, avec beaucoup trop de matériel sur nous qu’on n’aurait pas nécessairement lors d’un vrai crash. Il y avait aussi les règles du jeu : interdiction de s’éloigner de notre zone ou d’aller voir les autres équipes. Autant dire qu’une fois l’abri terminé, le temps devient plutôt long et on tourne vite en rond.

Enfin, la plus grande différence selon moi reste l’heure de fin. Si on doit survivre en attendant les secours, il faut économiser ses ressources au maximum et tout miser sur la signalisation, comme des feux de camp disposés en triangle. J’ai fait complètement l’inverse en dévorant toute ma nourriture, sachant pertinemment que le lendemain matin, tout serait terminé. Dans une vraie situation d’urgence, ne pas savoir quand les secours vont arriver doit jouer énormément sur le moral

Ce fut une sacrée expérience mine de rien, où j’ai appris énormément en peu de temps et où j’ai pu tester des choses pour la première fois de ma vie. J’espère que ce petit récit en deux parties t’a plu. J’ai pris encore plus de plaisir que d’habitude à l’écrire et j’espère que ça s’est ressenti à la lecture. À bientôt pour d’autres aventures au Canada !

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