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Les collisions aviaires




Aujourd’hui, j’ai parlé à une dame et, au bout de quelques dizaines de minutes, le sujet de l’aéronautique est tombé. Comme énormément de personnes, ses connaissances s’arrêtent à son expérience de passagère lorsqu’elle part en vacances et doit prendre un avion de ligne. Je lui ai donc avoué m’y connaître un peu, étant moi-même dans le milieu depuis quelques années et plus proche que jamais de commencer mes études de pilote de ligne. Elle fut étonnée, mais a profité de l’occasion pour me poser une question. Une seule. Une question qui m’a étonné tout autant, car c’est finalement une interrogation assez originale. Après tout, cela peut être une véritable source d’inquiétude pour beaucoup de monde.

« Est-ce que ça arrive souvent, les collisions aviaires ? Et pourquoi un petit oiseau peut faire exploser un moteur ? »

On répondra à cette question un peu plus tard. Commençons d’abord par déconstruire quelques mythes à ce sujet, car même certains passionnés peuvent parfois s’y perdre.




Les collisions aviaires sont rares.

Faux. Enfin… pas tout à fait. Les collisions aviaires qui engendrent de véritables complications en vol sont effectivement rares. En revanche, les impacts en eux-mêmes sont loin d’être exceptionnels. Pendant la lecture de cet article, quelque part dans le monde, une collision est probablement en train d’avoir lieu. Rien qu’aux États-Unis, la Federal Aviation Administration recense environ 15 000 collisions aviaires par an, et ce ne sont que celles qui sont déclarées. Dans la très grande majorité des cas, les pilotes ne s’en rendent même pas compte. Parfois, l’événement laisse simplement une trace sur la cellule ou une marque sur le pare-brise de l’aéronef. Et puis, dans les cas les plus extrêmes, l’incident devient historique.

L’exemple le plus connu, celui qui a véritablement fait découvrir l’ampleur possible d’une collision aviaire au grand public, reste l’accident du vol US Airways 1549, immortalisé au cinéma dans le film Sully que je vous invite à voir bien entendu. En janvier 2009, un Airbus A320 percute un groupe d’oies du Canada quelques minutes après son décollage de New York. Les deux moteurs aspirent simultanément des oiseaux, perdent leur puissance, et l’équipage n’a d’autre choix que d’amerrir sur l’Hudson. Aucun décès. Un miracle aéronautique. Mais derrière cette réussite spectaculaire se cache une vérité technique : un avion de ligne moderne peut être mis en difficulté par quelques kilogrammes de matière vivante.

Un peu de maths et de physique, mes excuses. Ce qui surprend souvent, c’est la violence potentielle d’un impact. Un oiseau ne semble pas particulièrement dangereux. Pourtant, à 250 nœuds, même une masse de quelques kilogrammes devient un projectile. L’énergie cinétique, c’est à dire l’énergie qu’un objet possède du simple fait de sa vitesse, augmente avec le carré de celle-ci. Autrement dit, si l’on double la vitesse, l’énergie n’est pas multipliée par deux, mais par quatre. Si l’on triple la vitesse, l’énergie n’est pas multipliée par six, mais par neuf! À vitesse élevée, la collision n’a donc plus rien d’anodin. Un goéland ou une oie percutant un pare-brise équivaut à l’impact d’un objet dense lancé à très grande vitesse.

D’ailleurs, petite anecdote hors sujet issue de ma culture personnelle (nul besoin de me remercier) c’est aussi pour cela que le voyage dans l’espace à la vitesse de la lumière, comme on peut le voir dans certains films, n’existera jamais. L’espace n’est pas réellement vide. De minuscules particules, parfois microscopiques, s’y trouvent en permanence. Or, à des vitesses proches de celle de la lumière, la moindre collision avec une particule, même extrêmement légère, engendrerait des dégâts colossaux sur un vaisseau. Il y a ça et la Relativité restreinte de Albert Einstein mais on va revenir à notre sujet.





Les collisions aviaires se produisent qu’à basse altitude.

C’est en grande partie vrai. La majorité des collisions survient durant les phases de décollage et d’atterrissage, lorsque l’avion évolue dans l’enveloppe de vol des oiseaux. Les aéroports sont souvent situés dans des zones plates, ouvertes, parfois proches de plans d’eau ou de terres agricoles, des environnements idéaux pour de nombreuses espèces. Le trafic aérien et la faune se retrouvent alors concentrés dans le même espace, au même moment.

Mais l’idée que l’altitude protège totalement relève du mythe. Des oiseaux ont déjà été observés à plus de 10 000 pieds, soit autour du FL100, soit à plus de 3000m d’altitude. Certaines espèces migratrices, portées par des courants ascendants, peuvent atteindre des altitudes impressionnantes. Les radars météorologiques détectent parfois des échos qui ne sont ni des nuages ni des précipitations, mais des groupes d’oiseaux en transit saisonnier. À ces altitudes, les rencontres sont plus rares, mais pas impossibles.

Les périodes migratoires constituent d’ailleurs l’un des moments les plus sensibles de l’année. Au printemps et à l’automne, des millions d’oiseaux traversent continents et océans selon des couloirs relativement constants. Ces déplacements massifs augmentent la probabilité de rencontres avec le trafic aérien. Certains aéroports ajustent même leurs dispositifs de surveillance en fonction de ces cycles naturels, car la concentration d’oiseaux peut soudainement doubler ou tripler.





Les oiseaux évitent les avions

Beaucoup pensent que les oiseaux évitent instinctivement les avions, comme si leur instinct millénaire leur permettait de détecter et d’éviter tout danger. Après tout, ils volent depuis des millions d’années, savent manœuvrer avec une précision impressionnante, éviter les prédateurs et les obstacles naturels, et se coordonner en nuées serrées sans jamais se percuter. Pourtant, face à un avion moderne, cet instinct a ses limites. La vitesse à laquelle un appareil approche est bien supérieure à tout ce que l’oiseau rencontre dans la nature. Un avion apparaît à l’oiseau comme une masse énorme et fuyante qui se déplace beaucoup trop vite pour être correctement évaluée ou esquivée. Certains oiseaux parviennent à détecter l’approche et se dispersent, mais d’autres, notamment les espèces migratrices comme les oies ou les grues, poursuivent leur trajectoire malgré l’avion. Ces oiseaux suivent leur route, guidés par les vents, les repères géographiques ou la cohésion de leur groupe, et n’ont souvent aucune conscience de ce qui se rapproche à grande vitesse. Même les corbeaux, pourtant réputés pour leur intelligence et leur capacité à éviter les dangers, peuvent être surpris si l’avion apparaît brusquement dans leur champ de vision ou s’il vole sur un axe qu’ils ne connaissent pas. L’instinct naturel ne suffit donc pas toujours à éviter le danger, et le ciel, contrairement à ce que beaucoup imaginent, reste un espace partagé et imprévisible, même pour les oiseaux les plus habiles et les plus expérimentés.





La réponse dans tous ça.

Oui, les collisions aviaires arrivent beaucoup plus souvent qu’on ne le croit, mais elles restent généralement sans conséquences graves comme nous avons vu au premier paragraphe. La majorité des cas les plus grave concerne des oiseaux de taille moyenne à grande: canards, oies, mouettes, grues ou nuées d’étourneaux capables de créer un vrai choc lorsqu’ils rencontrent un avion. À presque 460 km/h, même quelques kilogrammes deviennent des projectiles extrêmement puissants.
C’est ça qui peut endommager le moteur, provoquer des vibrations sévères ou, dans les cas extrêmes, déséquilibrer totalement les turbines et entraîner leur arrêt. Lorsqu’un oiseau est aspiré par un turboréacteur, il traverse les compresseurs et les chambres de combustion à grande vitesse. Les pales, tournant à plusieurs milliers de tours par minute, peuvent se fissurer ou se déformer sous l’impact. Dans certains cas, le reste de l’oiseau peut provoquer une extinction momentanée de la flamme ou des micro explosions dans la chambre, générant des flammes visibles à l’arrière et des vibrations intenses. C’est pourquoi même un seul oiseau, ou un petit groupe, peut suffire à mettre un moteur hors service si l’avion n’est pas préparé pour ce type d’incident.
Pour s’en prémunir, les avions modernes sont soumis à des tests très stricts : lors de la certification, des carcasses d’oiseaux sont projetées à grande vitesse contre les pare-brises, les bords d’attaque (la partie avant des ailes) et même directement dans les moteurs pour vérifier qu’ils résistent et que le pilote peut garder le contrôle. Ces tests ont leur limite comme le cas de Sully qui est hors limite des tests.

Heureusement, la majorité des collisions n’a que des conséquences mineures, mais elles rappellent que le ciel, reste un espace partagé avec ses véritables habitants.

Malgré ces incidents, l’aviation reste l’un des moyens de transport les plus sûrs au monde, et chaque collision, même spectaculaire, est extrêmement rare et largement anticipée par les constructeurs et les pilotes.





Quelques sources pour aller plus loin (c’est en anglais mais DeepL existe)



Statistiques officielles des collisions aviaires (FAA – États‑Unis)
Base de données mondiale des collisions avion – oiseaux recensées depuis 1990 par la Federal Aviation Administration : FAA Wildlife Strike Database (1990‑2024)
Normes de certification des moteurs face aux collisions aviaires
Document de la FAA expliquant les exigences de tests d’ingestion d’oiseaux dans les moteurs d’avions : FAA Bird Ingestion Certification Standards (14 CFR §33.76)
Informations générales et risques des « bird strikes »
Encyclopédie aviation décrivant causes, fréquence, et effets potentiels des collisions entre oiseaux et avions : Bird strike (définition & données)
Tests expérimentaux et résistance de la structure face aux collisions
Article sur la certification des avions pour résister aux impacts d’oiseaux (carnets d’essais avec carcasses) : Aircraft certification & bird strike tests

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